1. Sapere Aude

     

     

        Que fais-tu ?

     

        Je réfléchissais…

     

        Encore une prise de conscience ?

     

        Je dirais que c’est plutôt une réflexion. J’ai réfléchit.

     

        Au pourquoi tu laissais certains de tes textes inachevés, n’est ce pas ? Ca t’intrigue le fait que jamais tu n’ais pu en finir aucun…

     

        Oui, assez, je dois l’avouer…

     

        Et comme ça tu aurais trouvé la réponse ?

     

        Je ne dis pas que j’ai la réponse… Disons que j’en ai un élément…

     

        Je serais curieuse de le connaître !

     

       

     

        Eh bien ? Tu ne veux pas le dire ?

     

        Tu le sais déjà de toute façon…

     

        Peut-être… Mais il faut le formuler, il faut prononcer les mots. Comme ça ils comprendront, tu comprendras…

     

        Mais tout de même, je l’ai cherché, je lui ai couru après, je l’ai attrapé, décortiqué, et puis elle c’est imposée à mes yeux : j’ai peur de la fin.

     

        De la fin ? Mais chaque début est une fin et…

     

        Oh ! Arrête avec tes phrases préfabriquées ! Ce que j’entendais par là c’est juste que j’ai peur de ce qu’il y a après la fin… Quand on écrit, quand on est en train de le faire, ce n’est jamais fixé, jamais fini, on peut toujours en modifier le contenu. Alors qu’après l’avoir fini, après le point final… C’est différent… C’est fini, justement. On est arrivé au bout. On peut toujours en écrire la suite, mais ce n’est pas pareil…

     

        Je comprends… Mais finir quelque chose, c’est aussi la concrétiser. Pouvoir se dire « j’ai fini, maintenant je passe à autre chose.», c’est important aussi.

     

        Si je fini, c’est comme si je laissais un petit bout de moi-même dans des feuilles de papier.

     

        Mais c’est ce que fait chaque artiste. C’est ce que tu fais toi, quand tu dessines, quand tu écris. C’est parce que tu veux laisser ce petit bout, pour ne pas l’oublier que tu le couches sur du papier. Aurais-tu oublié ?

     

        Non, bien sur… Comment le pourrais-je ? Mais je veux changer. Coucher mes émotions sur du papier, c’est important pour moi. Je me sentirais nue sans pouvoir écrire. Mais le fait est que j’ai peur de m’engager dans une voie définitive, une voie finie, sans retour possible. Je remets toujours ce choix à demain, je remets toujours la fin à plus tard. « Oui, je m’en occuperai plus tard ». Mais un jour…

     

        Oui, un jour, il te faudra choisir, je le sais… Tu as quand même fini des peintures, des dessins, c’est déjà un début.

     

        Oui, un petit début.

     

        Ne crois-tu pas que c’est le moment ?

     

        De quoi ? De…

     

        Oui, de finir pour pouvoir savoir. Concrétise toi. Ose savoir…

     

     

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