1. Le Porteur de Tulipes

        Il n'avait plus sa place dans ma tête, aussi le voilà. Ce n'est que la fin, j'avais le début dans la tête mais pas de mots à coller dessus pour l'encercler et l'écrire. Elle viendra sûrement plus tard, je ne m'en fais pas pour ça...

     

    Pour se faire pardonner, il se rendit chez le fleuriste pour acheter un bouquet de tulipes violettes, sa couleur préférée. Il voulait vraiment que tout aille bien entre eux, il voulait se réconcilier avec elle, faire la paix. Elle avait accepté de le voir, dix minutes seulement lui avait-elle dit. Il n’en espérait pas tant. Il regarda sa montre : il allait être en retard ! Il se mit à courir sur le trottoir.

    « Attention ! »

    Des coups de klaxon résonnèrent, des pneus de voiture crissèrent, des passants hurlèrent, une femme, même, s’évanouie. Il heurta de plein fouet le pare-brise d’une voiture, une petite Renault rouge, la personne qui la conduisait, semblait être dans les nuages et n’avait pas vu le jeune homme qui traversait, un bouquet de tulipes à la main. Lentement il retomba, roulant sur le pare-choc, tombant par terre ; les tulipes étaient abîmées ; et il ne bougeait pas, il ne bougeait plus. Quelques personnes s’approchèrent en courant du corps inanimé du porteur de tulipes ; le conducteur était en état de choc, serrant son volant à s’en faire mal aux mains, pleurant silencieusement.

     

    « Monsieur ! Vous m’entendez !?

     

        Il ne bouge plus.

     

        Monsieur ! Monsieur ! - Madame, s’il vous plait, prenez son bouquet de fleurs. Monsieur !

     

        Qu’ai-je fait ? Mon dieu ! Il est mort ? Jamais je ne pourrai me le pardonner.

     

        Monsieur ! Par pitié !

     

        Les pompiers arrivent !

     

        Monsieur… Miracle, il respire !

     

        Qu’ai-je fait ? Mais qu’ai-je fait ? Il est… Il est… Qu’est ce que j’ai fait ? Pourquoi… je… pourquoi ? Je… je voulais pas. Il est… Il est… »

     

         Les pompiers arrivèrent toutes sirènes hurlantes, prestement ils firent la circulation, posant des panneaux mobiles, aidés par quelques passants. Ils s’occupèrent de l’homme aux tulipes, lui passant une minerve beige, puis le sanglant à une civière gonflable orange fluo avant de l’emmener dans leur fourgon rouge et orange. Les sirènes s’étaient tues, mais pourtant il y avait toujours autant de bruit ; des klaxons d’automobilistes bornés, enfermé dans leur monde, l’autocar aveugle roulant à trente centimètres du fourgon de pompier, et toujours ce bruit lancinant, et ces paroles sans sens précis, et toujours ces passants curieux, pauvres badauds égarés.

     

    « Dis maman, il est mort le monsieur ?

     

        Mais non ma chérie !

     

    — Je l’ai tué, il est… il est… Je-ne-vou-lais-pas, je-ne-vou-lais-pas, je-vou-ais-pas… J’étais juste en retard, je voulais pas. JE VOULAIS PAS !! Vous m’entendez ??? JE-NE-VOULAIS-PAS !! »

    L’automobiliste était sortit de sa Renault et agrippait maintenant un pompier par le col de sa veste à bandes grise réfléchissantes. La police arriva quelques temps après, voyant que le conducteur était en état de choc, ils le prirent dans leur voiture pour l’emmener à l’hôpital, consulter un psychologue.

    L’homme aux tulipes n’était pas mort. Il a subit une lourde opération tout le reste de la journée et une bonne partie de la nuit. Les médecins le conduisirent en salle de réveil, puis dans une chambre à part.

    Une panne de climatiseur avait obligé le personnel soignant à ouvrir les fenêtres, aussi, tard dans la nuit, les rideaux de la chambre du porteur de tulipes flottaient, puis une bourrasque de vent frais entra dans la pièce silencieuse seulement troublée par les petits clicotis des appareils, dans un claquement sonore ressemblant à celui d’une veste qu’on enlève rapidement. Il ouvrit les yeux : une ombre semblait se tapir près de la fenêtre.

     

    « Ah c’est toi ! Tu as pu venir finalement.

       

     

        Désolé, je suis vraiment en retard cette fois. Je crois que ça va être la dernière fois de toute façon, je m’en vais, je le sens…

     

       

     

        Mais avant, je voudrais te dire quelque chose. Ca fait longtemps que je voulais te le dire, mais je n’en avais pas le courage, pas le cran, de te le dire avec les bons mots. Je tenais à te présenter des excuses pour se que je t’ai dit et la façon dont s’est transformée les liens qu’on avait…

     

       

     

        Ce n’est pas entièrement de ma faute, je le sais bien. Je sais que tu as aussi une part de responsabilité. Tu n’aurais pas du me laisser dégénérer comme ça. Mais tu ne devais probablement pas savoir… Je n’en sais rien. Je crois qu’on se doit tout les deux des excuses pour repartir du bon pied dans l’avenir. Avenir que je ne semble pas avoir maintenant.

     

       

     

        Non je n’ai pas peur. Je sais que je serai toujours là, j’aurai simplement changé, découvert une autre façon d’être moi… J’espère que nous nous reparlerons, dans cet autre endroit où je m’aventure, je le sens.

     

       

     

        Je crois que c’est fini. La fin. La fin de cette période. Un tournant. La fin. Qu’est ce que la fin, n’est-ce pas ?

     

       

     

        Laisse moi donc partir et revenir, je te dirai si je l’ai vu… Je te dirai…

     

       

     

        Dans un claquement de rideau, dans un rayon de lune changeant, l’ombre fut plus distincte. Ce n’était que celle du lit, ce terrible lit blanc hôpital, blanc trop propre, blanc mort, blanc. Et sur la table de chevet, on pouvait distinguer en contre jour, un bouquet de tulipes aux reflets violets à travers des rayons de lune…

     

     


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  2. De l'esprit

        Quelques souvenirs jetés sur du papier. Je sais qu'il ne partiront pas, qu'ils sont là. Mais je voulais les sortir de ma tête pour pouvoir les regarder, me comprendre. Qu'ils ne me sautent plus au visage quand je n'en ai pas l'envie. Qu'ils restent à leur place. Je sais que sur du papier ils y resteront, ils se laisseront voir avant de replonger avec les autres, quelque part entre ma conscience, mes yeux et ma mémoire...

     

          J’ai toujours eu la phobie du blanc, cette peur qui vous envahie quand cette odeur de propre vous monte aux narines. Combien de fois me suis-je empêché de respirer en entrant dans les hôpitaux… Certainement une fois de trop : j’ai fini au cimetière, regardant ce cercueil descendre difficilement à la force de quatre personne dans un trou que j’imaginais sans fond. Certainement une fois de trop pour ne pas regarder la dépouille de mon grand père avant que la grande voiture noire ne l’emmène pour l’enterrer au Maroc. Certainement une fois de trop pour l’avoir cette odeur, qui me poursuit et me hante parfois.

        Combien de fois me suis-je bouchée les oreilles pour ne plus entendre au loin la sirène des pompiers ? Une fois de trop pour m’en souvenir, pour l’entendre, encore et encore. Combien de fois ai-je vu mes amis pleurer, et les klaxons hurler pour quelqu’un que nous ne connaissions pas ? Une seule fois, pourtant je vois toujours se fourgon de pompier, et ces gens passer, sans un regard, sans une larme, moi qui en ai tant pleurer des heures après, des jours après. Il parait que c’est un traumatisme, moi j’appellerais plutôt ça une leçon de vie. Cruelle tout de même…

     

     

    “I look at this photograph,

    Every time I do it make my laugh,

    Every time I do it make me…”  Photograph -  Nickelback

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  3. Nickelback

    Un des groupes qui m'a bercé étant enfant, je n'ai pas pu l'oublier. Voici une de leur chanson qui m'a beaucoup touchée : Photograph

     

     

    Look at this photograph
    Everytime I do it makes me laugh
    How did our eyes get so red
    And what the hell is on Joey's head

    And this is where I grew up
    I think the present owner fixed it up
    I never knew we'd ever went without
    The second floor is hard for sneaking out

    And this is where I went to school
    Most of the time had better things to do
    Criminal record says I broke in twice
    I must have done it half a dozen times

    I wonder if it's too late
    Should i go back and try to graduate
    Life's better now then it was back then
    If I was them I wouldn't let me in

    Oh, oh, oh
    Oh, god, I

    Every memory of looking out the back door
    I had the photo album spread out on my bedroom floor
    It's hard to say it, time to say it
    Goodbye, goodbye.
    Every memory of walking out the front door
    I found the photo of the friend that I was looking for
    It's hard to say it, time to say it
    Goodbye, goodbye.

    Remember the old arcade
    Blew every dollar that we ever made
    The cops hated us hangin' out
    They say somebody went and burned it down

    We used to listen to the radio
    And sing along with every song we know
    We said someday we'd find out how it feels
    To sing to more than just the steering wheel

    Kim's the first girl I kissed
    I was so nervous that I nearly missed
    She's had a couple of kids since then
    I haven't seen her since god knows when

    Oh, oh, oh
    Oh, god, I

    Every memory of looking out the back door
    I had the photo album spread out on my bedroom floor
    It's hard to say it, time to say it
    Goodbye, goodbye.
    Every memory of walking out the front door
    I found the photo of the friend that I was looking for
    It's hard to say it, time to say it
    Goodbye, goodbye.

    I miss that town
    I miss the faces
    You can't erase
    You can't replace it
    I miss it now
    I can't believe it
    So hard to stay
    Too hard to leave it

    If I could I relive those days
    I know the one thing that would never change

    Every memory of looking out the back door
    I had the photo album spread out on my bedroom floor
    It's hard to say it, time to say it
    Goodbye, goodbye.
    Every memory of walking out the front door
    I found the photo of the friend that I was looking for
    It's hard to say it, time to say it
    Goodbye, goodbye.

    Look at this photograph
    Everytime I do it makes me laugh
    Everytime I do it makes me...

     

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