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Sapere Aude

 

 

    Que fais-tu ?

 

    Je réfléchissais…

 

    Encore une prise de conscience ?

 

    Je dirais que c’est plutôt une réflexion. J’ai réfléchit.

 

    Au pourquoi tu laissais certains de tes textes inachevés, n’est ce pas ? Ca t’intrigue le fait que jamais tu n’ais pu en finir aucun…

 

    Oui, assez, je dois l’avouer…

 

    Et comme ça tu aurais trouvé la réponse ?

 

    Je ne dis pas que j’ai la réponse… Disons que j’en ai un élément…

 

    Je serais curieuse de le connaître !

 

   

 

    Eh bien ? Tu ne veux pas le dire ?

 

    Tu le sais déjà de toute façon…

 

    Peut-être… Mais il faut le formuler, il faut prononcer les mots. Comme ça ils comprendront, tu comprendras…

 

    Mais tout de même, je l’ai cherché, je lui ai couru après, je l’ai attrapé, décortiqué, et puis elle c’est imposée à mes yeux : j’ai peur de la fin.

 

    De la fin ? Mais chaque début est une fin et…

 

    Oh ! Arrête avec tes phrases préfabriquées ! Ce que j’entendais par là c’est juste que j’ai peur de ce qu’il y a après la fin… Quand on écrit, quand on est en train de le faire, ce n’est jamais fixé, jamais fini, on peut toujours en modifier le contenu. Alors qu’après l’avoir fini, après le point final… C’est différent… C’est fini, justement. On est arrivé au bout. On peut toujours en écrire la suite, mais ce n’est pas pareil…

 

    Je comprends… Mais finir quelque chose, c’est aussi la concrétiser. Pouvoir se dire « j’ai fini, maintenant je passe à autre chose.», c’est important aussi.

 

    Si je fini, c’est comme si je laissais un petit bout de moi-même dans des feuilles de papier.

 

    Mais c’est ce que fait chaque artiste. C’est ce que tu fais toi, quand tu dessines, quand tu écris. C’est parce que tu veux laisser ce petit bout, pour ne pas l’oublier que tu le couches sur du papier. Aurais-tu oublié ?

 

    Non, bien sur… Comment le pourrais-je ? Mais je veux changer. Coucher mes émotions sur du papier, c’est important pour moi. Je me sentirais nue sans pouvoir écrire. Mais le fait est que j’ai peur de m’engager dans une voie définitive, une voie finie, sans retour possible. Je remets toujours ce choix à demain, je remets toujours la fin à plus tard. « Oui, je m’en occuperai plus tard ». Mais un jour…

 

    Oui, un jour, il te faudra choisir, je le sais… Tu as quand même fini des peintures, des dessins, c’est déjà un début.

 

    Oui, un petit début.

 

    Ne crois-tu pas que c’est le moment ?

 

    De quoi ? De…

 

    Oui, de finir pour pouvoir savoir. Concrétise toi. Ose savoir…

 

 

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5 commentaires pour "Sapere Aude"

  1. Nacyl : Let there be light ! ;-)

    21/02/2007, at 19:41 [ Répondre ]

    Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement !
    On ne doit - devrait ?- laisser à personne le soin de penser et de décider à notre place. (Kant)

    Pour ma part, je suis bien d'accord !
    Juste une question : qu’est-ce qui est réellement le plus grave: penser, décider au risque de se tromper ou suivre toujours, assurément et confortablement le chemin tracé par d’autres ?

  2. Aelindra : en réponse

    21/02/2007, at 22:07 [ Répondre ]

    On apprend de ses erreurs, et puis je n'ai jamais été pour suivre le chemin tracé par d'autres, ce n'est pas mon genre... (Oui, oui un petit côté rebelle ;))

    Mais je ne voulais pas centrer le débat sur la question de "son propre chemin à suivre".
    C'est vrai que la question du libre arbitre et du choix est là, inévitablement d'ailleurs.
    En outre, je voulais centrer cette réflexion sur le fait de savoir et de pouvoir se dire "J'ai fini, je me suis accomplie et maintenant je vais vers autre chose avec mon bagage." Je pense que la peur de quitter le monde dans lequel on se sent "protégé", pour avancer vers une autre marche est en filigrane au long du texte. Et je suis forcée de l'avouer, je n’ai jamais fini un seul texte, même mes poésies et mes chansons sont incomplètes (sauf quelques exceptions forcément).

    Maintenant que je relis ton commentaire et mon texte, je me dis que la question du doute est omniprésente tout en restant discrète (à mes yeux), et le problème est : qu’apporte le doute? Et si l'on peut trop douter, peut-on quand même avancer?

  3. Feaï' :

    22/02/2007, at 00:16 [ Répondre ]

    Le doute est un élément primordial pour ceux qui savent qu'ils ne savent pas tout.
    Si il y a bien une chose qui semble négative (et ce à défaut) pour la plus part des gens c'est le doute, pourtant c'est l'élément qui est le déclencheur de la question, de la recherche, de la curiosité et de tout ce qui s'en suis...

    ...et permettez moi de douter sur la réflexion sur l'aboutissement de soi par rapport à l'une de ses oeuvres. Mais c'est sûrement dû au mot Aboutissement, qui semble pour moi trop définitif et impartial... comment peut-on continuer après l'aboutissement?

    Et si ton style de texte était des textes "non finit", un peu à la manière de ces films qui ne font retracer qu'une tranche de vie, ne voulant rien exploser de plus, simplement une tranche de vie.

  4. Nacyl : Lieux communs

    22/02/2007, at 17:13 [ Répondre ]

    Et si le voyage était plus important que la destination ?
    Le doute, finalement, n’est peut-être que l’expression de la peur de l’inconnu.
    Se comprendre soi-même ne devient-il pas alors vital et ne permet-il pas d’éclairer le choix ??? Le choix de terminer ou pas.
    Les muses ont aussi leur rôle à jouer et rien n’est plus facétieux qu’une muse. L’inspiration naît, grandit puis, sans crier gare, disparaît pour revenir ensuite mais pas nécessairement à l’endroit où elle nous avait laissé. Il peut aussi y avoir un temps pour commencer et un temps pour achever. Le temps a ce don de modeler les choses, de les façonner à sa manière.
    Tu te lèves un matin, tu te réveilles une nuit, tu écoutes quelques notes de musique ou tu es simplement émue par une image, une émotion et ta plume termine ce qu’elle avait laissé inachevé et refusait obstinément de conclure…
    Encore une petite chose, pas terminé selon qui ??? ;-)

  5. Aelindra :

    22/02/2007, at 17:45 [ Répondre ]

    Je serais tentée de mettre seulement des points de suspensions, mais je vais tout de même en écrire un peu plus.

    C’est vrai que c'est souvent l'inspiration qui me fait défaut, mais avec le temps j'ai appris à ne pas m'en faire, ça ne sert à rien de presser une orange qui n'a plus de pulpe... Et puis j'ai appris, malgré moi, à laisser revenir cette muse, vaporeuse et très indistincte par moment, puis à la laisser repartir quand bon lui semblait, puis quand bon me semblait. J'en reste malgré tout esclave ; quand elle est là, il est impossible que je me concentre sur autre chose que sur ce que je suis en train d'imaginer et de créer.

    Feai', tu as raison en un sens quand tu dis que l'aboutissement est définitif, il est d'ailleurs fort probable que je me bloque dessus.

    Quand à la fin par rapport à quoi, je dirais par rapport à l'idéal que je me suis fixé, aux normes que je me fais respecter. J'aime me dire : " Voilà, j'ai fini." et en contempler le fruit. Maintenant il est vrai que je me base par rapport aux critères que j'ai appris, mon entourage et mon environnement y sont pour quelque chose c'est certain.

    Il me faut du temps pour y repenser, peut-être qu'exposer une tranche de vie, comme tu le dit Feai’, c'est mon style justement.
    On me dit souvent : "Ton style s'affirme" ou "Tu commences à trouver ton style". Pour moi ça veut seulement dire que je commence à faire ma place, je n'en voit pas toute l'ampleur. Je suis parfois tentée de répondre : "Mais c’est quoi mon style ? Et puis d’abord, suis-je si originale pour avoir crée un style ? Le mien à moi? Que lorsque je créerai, les gens se dise tout de suite que l’œuvre vient de moi ? "

    Faudrait-il s'affirmer et douter à sa manière pour avancer?

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